Consulter le site d'un confrère ne sert à rien si l'on ne sait pas quoi y regarder. On retient une couleur, une police, une impression générale, et on passe à côté de ce qui fait vraiment la différence : l'ordre dans lequel les informations arrivent.
Cet article commente cinq sites de cabinets, section par section. Non pas pour désigner un modèle unique, mais pour montrer ce qu'ils ont en commun, et pourquoi cet ordre-là tient debout.
Ce qu'un visiteur décide avant de faire défiler la page
Le site d'un avocat n'est ni un portfolio ni une plaquette. C'est un outil de qualification : il doit permettre à quelqu'un qui arrive avec un problème de savoir vite si vous êtes la bonne personne. Sur les sites qui fonctionnent, cette qualification tient en trois signaux visibles d'emblée.
- L'en-tête nomme les domaines. Pas « Cabinet Lambert » seul, mais « Cabinet Lambert, droit du travail et contentieux commercial ». Celui qui cherche un avocat en droit de la famille sait immédiatement qu'il doit poursuivre ailleurs, et c'est très bien ainsi.
- L'accueil montre la structure des services. Trois à cinq axes, chacun avec une phrase qui dit ce qu'il recouvre. Pas une liste de quinze spécialités où personne ne retrouve la sienne.
- Les moyens de contact se répètent, sous des formes différentes. Prendre rendez-vous en haut, poser une question au fil du texte, écrire depuis la page de contact. Chacune s'adresse à un moment différent de l'hésitation.
Ces trois signaux ne relèvent pas de l'esthétique. Ce sont eux qui séparent un site opérationnel d'un site qui existe pour exister.
Cinq modèles de sites d'avocats, et ce que chacun règle
Voici cinq sites complets, navigables, chacun construit pour une situation d'exercice différente. Ils sont publiés en démonstration : les cabinets sont fictifs, la structure ne l'est pas.
- Rivière & Associés, droit des affaires à Paris. Le modèle du cabinet établi. Il ouvre sur « À quel moment nous saisir ? », c'est-à-dire sur la situation du client et non sur l'histoire du cabinet. Les domaines viennent ensuite, le portrait de l'associé après, et les honoraires avant la prise de contact.
- Aubry Fontaine & Associés, cabinet à plusieurs associés à Toulouse. Le seul des cinq qui remplace le portrait individuel par une section « Quatre avocats à vos côtés ». Quand plusieurs confrères exercent ensemble, le visiteur cherche à savoir qui suivra son dossier : la page d'équipe répond à cette question plutôt qu'à celle de la notoriété.
- Maître Léa Vidal, droit de la famille à Bordeaux. La matière est intime, l'entrée l'est aussi : « Quand consulter une avocate en droit de la famille ? ». Le ton du premier titre fait ici plus de travail que n'importe quel choix graphique.
- Maître Julien Marchand, droit du travail à Lyon. Un avocat seul, qui assume le « je » : « À quel moment m'appeler ? », « Ce sur quoi j'interviens ». La première personne dit l'essentiel de ce que le client veut savoir, à savoir qu'il aura affaire à un interlocuteur unique.
- Maître Solène Roy, droit immobilier à Nantes. Même ossature, registre plus éditorial. La preuve qu'une structure identique supporte des tons très différents.
Le point commun mérite qu'on s'y arrête. Quatre de ces cinq sites suivent exactement le même ordre : quand nous saisir, les domaines, qui vous accompagne, comment se déroule un dossier, ce qu'en disent les personnes accompagnées, les honoraires, les questions fréquentes, le contact. Cet ordre n'est pas une convention graphique. Il épouse celui des questions que se pose quelqu'un qui hésite à téléphoner : est-ce mon cas, savez-vous le traiter, à qui vais-je parler, comment ça se passe, d'autres l'ont-ils fait, combien, et enfin comment je vous joins.
Le cinquième site s'en écarte sur un seul point, parce que sa situation d'exercice l'exige. C'est ainsi qu'on adapte un modèle : en identifiant la question à laquelle votre configuration répond différemment, pas en redessinant l'ensemble.
La hiérarchie du message, là où presque tous échouent
Beaucoup de sites d'avocats sont soignés, bien composés, agréables à l'œil, et échouent quand même à dire ce que fait le cabinet. Le problème n'est presque jamais le graphisme. C'est l'ordre du message.
Ce qui perd le visiteur dans la première section, ce n'est pas le manque d'information, c'est l'absence de réponse à une question simple : quel type de client, pour quel type de problème ? « Cabinet généraliste » ne dit rien. Entreprises ou particuliers ? Conseil ou contentieux ? Le visiteur ne le devine pas, et il n'insiste pas.
Une formulation qui fonctionne tient en deux phrases : « Nous accompagnons les PME en droit commercial, en droit du travail et en contentieux. Si vous dirigez une entreprise et que vous avez une question juridique, vous êtes au bon endroit. » Elle exclut, et c'est précisément sa valeur : elle inclut d'autant plus nettement ceux qu'elle vise.
Vous pouvez faire le test tout de suite. Faites lire à quelqu'un votre en-tête et votre première section, rien d'autre. S'il ne peut pas dire pour qui et pour quoi vous existez, aucun changement de couleur n'y remédiera. Les autres défauts fréquents, menu surchargé, formulaire décourageant, photographie d'illustration générique, sont détaillés dans les erreurs qui coûtent le plus de clients.
Où placer chaque élément
Le tableau ci-dessous résume la place de chaque élément et le problème qu'il résout. Il vaut pour un avocat seul comme pour un cabinet de plusieurs associés : ce qui change, c'est le volume, pas l'ordre.
| Élément | Où il se place | Ce qu'il règle |
|---|---|---|
| Domaines de pratique | En-tête, avant tout défilement | Qualifie ou écarte le visiteur en une seconde |
| Menu par domaine | Navigation principale | Chacun trouve sa catégorie sans lire le reste |
| Ce que fait le cabinet | Accueil, deux ou trois phrases | Répond à « est-ce pour moi ? » |
| Pages de domaine | Un niveau sous l'accueil | Traite la question précise, pas le catalogue |
| Honoraires | Page dédiée ou section | Lève l'objection qui fait fermer l'onglet |
| Articles | Rubrique à part | Montre une réflexion au-delà du dossier en cours |
| Photographie | Après le texte, jamais avant | Incarne, une fois la question « est-ce pour moi ? » réglée |
| Moyens de contact | Répétés, sous plusieurs formes | Capte à chaque étape du parcours, pas seulement à la fin |
| Mentions légales | Pied de page | Obligation professionnelle |
Pour le détail de ce que chaque page doit contenir, et de ce qui n'a rien à y faire, voyez l'inventaire page par page. Et pour le cadre d'ensemble, ce que comprend un site internet pour avocats.
Les questions qui reviennent
Faut-il une page par domaine de pratique ?
Dès que vous en avez plus de deux. Pas pour l'esthétique, mais parce que c'est la logique de recherche de votre visiteur : quelqu'un qui cherche un avocat en droit du travail veut d'abord confirmer que vous le pratiquez. Une page dédiée le fait en une seconde. Sans elle, il doit lire tout votre texte d'accueil pour l'en déduire, et la plupart n'iront pas jusque-là.
Un site d'avocat doit-il montrer des résultats obtenus ?
Non. Le secret professionnel l'interdit sans l'accord écrit du client, et le Règlement Intérieur National proscrit la promesse de résultat. Une mention du type « 500 clients satisfaits » sans rien pour l'étayer produit d'ailleurs l'effet inverse de celui recherché. Montrer que vous comprenez le problème inspire davantage confiance qu'annoncer que vous le réglez.
Combien d'articles faut-il pour qu'un blog soit crédible ?
Moins qu'on ne le croit, mais régulièrement. Quatre à huit articles pertinents et à jour valent mieux que trente publiés en rafale puis abandonnés. Un blog dont le dernier billet remonte à plusieurs années dessert le cabinet : il donne à voir un cabinet qui a lâché l'affaire.
Comment savoir si mon site actuel doit être refait ?
Trois questions. Un visiteur qui ne sait rien de vous comprend-il en dix secondes quel type de client vous servez ? Trouve-t-il le domaine qui correspond à sa question en moins de trois clics ? Y a-t-il un moyen de vous joindre visible avant de faire défiler la page ? Si vous répondez non à l'une des trois, c'est l'arborescence ou le message qu'il faut reprendre, pas forcément le graphisme.
Un avocat seul a-t-il besoin d'une page « À propos » ?
S'il exerce sous son nom, une page brève suffit : le parcours, la façon de travailler, la manière d'être joint. Les modèles d'avocat seul sont souvent plus dépouillés que ceux d'un cabinet de trois associés, non parce qu'ils ont moins à dire, mais parce qu'ils n'ont qu'un interlocuteur à présenter.
Pour aller plus loin
Sur les sujets voisins : reprendre un site existant plutôt que repartir de zéro, écrire une page d'honoraires qui rassure, et les limites que pose le Règlement Intérieur National.