Un site de cabinet collecte des données dès son premier formulaire de contact — et souvent des données sensibles : qui écrit à un avocat dit déjà quelque chose de sa situation. Voici ce que le RGPD exige concrètement, sans jargon de consultant.
Ce qu'un site de cabinet collecte réellement
Trois flux, presque toujours : le formulaire de contact — nom, coordonnées, et le motif de consultation, qui peut révéler une situation familiale, pénale ou médicale ; la prise de rendez-vous, mêmes données plus l'agenda ; et la mesure d'audience, selon l'outil choisi.
Le motif de consultation mérite une attention particulière : « je souhaite divorcer », adressé à un avocat, est une donnée dont la confidentialité doit être traitée sérieusement — au minimum un transport chiffré, une boîte de réception maîtrisée, et aucune conservation au-delà du nécessaire.
Les cinq obligations qui comptent
- Informer : une politique de confidentialité qui dit quelles données sont collectées, pourquoi, sur quelle base, combien de temps, et comment exercer ses droits. En français clair — c'est une exigence du texte, pas une coquetterie.
- Minimiser : chaque champ du formulaire doit se justifier. La date de naissance dans un formulaire de contact ne se justifie pas.
- Limiter la conservation : une demande de contact qui n'a pas donné suite n'a pas vocation à rester des années dans une boîte mail.
- Sécuriser : HTTPS partout, accès à la boîte de réception protégé, prestataires sérieux.
- Encadrer les sous-traitants : hébergeur, outil de prise de rendez-vous, prestataire du site — chacun traite des données pour votre compte et doit s'y être engagé contractuellement.
Les cookies : moins d'obligations qu'on ne le croit
Le consentement n'est requis que pour les traceurs non essentiels — publicité, réseaux sociaux, certaines mesures d'audience. Un site de cabinet qui n'utilise qu'un cookie de session et une mesure d'audience exemptée n'a pas besoin de bandeau de consentement ; un bandeau honnête qui l'explique vaut mieux qu'un faux choix entre des traceurs qui n'existent pas.
À l'inverse, si le site embarque une vidéo hébergée ailleurs, des boutons de partage ou une mesure d'audience non exemptée, le consentement doit être recueilli avant le dépôt du traceur — pas après.
La mesure d'audience sans consentement, ça existe
Une statistique agrégée, sans cookie et sans identifiant individuel, échappe à l'obligation de consentement. C'est le choix que nous faisons pour les sites que nous livrons : le comptage se fait côté serveur, page par page, sans rien déposer chez le visiteur. L'avocat a ses chiffres, le visiteur n'est pas suivi, et il n'y a rien à faire consentir.
Le registre, et qui est responsable
L'avocat est responsable de traitement pour les données que son site collecte — pas son prestataire, qui est sous-traitant. Le registre des traitements, obligatoire, n'a rien d'effrayant à l'échelle d'un cabinet : une ligne par traitement — contact du site, rendez-vous, facturation, dossiers — avec la finalité, les données, la durée et les destinataires. Un tableau d'une page, tenu à jour.
Un détail qui n'en est pas un : le secret professionnel ne dispense pas du RGPD, et le RGPD ne fait pas exception au secret. Les deux régimes s'ajoutent — et c'est le second qui interdit, par exemple, de confier la boîte de contact du cabinet à un outil qui lit les messages à des fins commerciales.
Les droits des personnes : que répondre, et en combien de temps
Toute personne dont le site a collecté des données peut demander l'accès, la rectification ou l'effacement. Pour un cabinet, la demande arrive rarement — mais quand elle arrive, elle est souvent le prélude à autre chose, et la réponse doit être irréprochable.
Trois réflexes suffisent : répondre dans le délai d'un mois ; vérifier l'identité du demandeur avant de communiquer quoi que ce soit — répondre à un tiers qui se fait passer pour le client serait la vraie violation ; et distinguer les données du site, qu'on efface volontiers, des données du dossier, que les obligations professionnelles de conservation protègent. L'effacement demandé ne l'emporte pas sur les délais de conservation imposés à la profession — et le dire poliment, avec la base juridique, clôt la discussion.
La liste de contrôle
- Politique de confidentialité reliée depuis chaque page ?
- Chaque champ de formulaire justifié ?
- HTTPS partout, y compris les redirections ?
- Durées de conservation définies — et appliquées ?
- Sous-traitants du site identifiés et engagés ?
- Mesure d'audience exemptée, ou consentement préalable ?
- Registre tenu, une ligne par traitement ?
Pour aller plus loin
- Les mentions obligatoires du site d'un avocat
- L'accessibilité : ce que la loi impose
- La prise de rendez-vous en ligne
Et pour le cadre d'ensemble : ce que comprend un site internet pour avocats.
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